poème

poème

poème [ pɔɛm ] n. m.
• 1213; lat. poema, du gr. poiema
1Ouvrage de poésie en vers. poésie. Faire, composer un poème. Poème à forme (I, 4o) fixe, à forme libre. ballade, élégie, épigramme, épopée, fable ; hymne, 2. lai, madrigal, ode, sonnet, stance. Strophes, stances, distiques, quatrains d'un poème. Recueil de poèmes. Le haïku, bref poème japonais. « Les poètes sont ainsi. Leur plus beau poème est celui qu'ils n'ont pas écrit » (Gautier).
2Poème en prose, ne revêtant pas la forme versifiée.
3Fig. et littér. Ce qui a de la poésie (I, 4o). Les œuvres de Delacroix sont « de grands poèmes » (Baudelaire). « que ta vie soit un poème aussi beau que ceux qu'a rêvés ton intelligence » (Sand). Poème symphonique.
4Loc. fam. C'est tout un poème, se dit de qqn, d'une réalité humaine qui semble extraordinaire ou bizarre. « Ce vieux-là, mon cher, est tout un poème » (Balzac).

poème nom masculin (latin poema, -atis, du grec poiêma, -atos) Ouvrage en vers, d'une certaine étendue ; poésie. Livret versifié d'un opéra, d'une pièce lyrique, etc. Ouvrage en prose analogue à un poème par son inspiration, son fond, sa structure, son style. Littéraire. Œuvre d'art non littéraire qui suscite une émotion comparable à celle que provoque la poésie : Ce tableau est un poème dédié à la femme. Nom donné par certains compositeurs à des œuvres instrumentales auxquelles ils attribuent des résonances littéraires (Poème des montagnes, de d'Indy ; Poème de Chausson). ● poème (citations) nom masculin (latin poema, -atis, du grec poiêma, -atos) Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire Rome 1880-Paris 1918 Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile. Calligrammes, les Fenêtres Gallimard Joseph Berchoux Saint-Symphorien-de-Lay, Loire, vers 1765-Marcigny, Saône-et-Loire, 1839 Un poème jamais ne valut un dîner. La Gastronomie Jean Cayrol Bordeaux 1911 Tout poème est une mise en demeure. Pour tous les temps Le Seuil René Daumal Boulzicourt, Ardennes, 1908-Paris 1944 Tout poème naît d'un germe, d'abord obscur, qu'il faut rendre lumineux pour qu'il produise des fruits de lumière. Poésie noire et poésie blanche Gallimard Robert Desnos Paris 1900-Terezín, Tchécoslovaquie, 1945 Poème, je ne vous demande pas l'aumône, Je vous la fais. Fortunes Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Je lisais. Que lisais-je ? oh ! le vieux livre austère, Le poème éternel ! — La Bible ? — Non, la terre. Les Contemplations, Écrit au bas d'un crucifix, III, 8 Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 Que tout poème composé autrement qu'en vue d'obéir au vieux génie du vers, n'en est pas un […]. Crayonné au théâtre, Solennité Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve. Réponse à des enquêtes, Sur l'évolution littéraire Pierre de Ronsard château de la Possonnière, Couture-sur-Loir, 1524-prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours, 1585 Les bons ouvriers le commencent par le milieu, et savent si bien joindre le commencement au milieu, et le milieu à la fin, que de telles pièces rapportées font un corps entier et parfait. Abrégé de l'art poétique français le poème Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse Pointe-à-Pitre 1887-Giens, Var, 1975 Contrairement à ce qu'on en peut imaginer, le poème français le plus expansif, ou même le plus emphatique en apparence, ne serait encore fait que pour l'oreille interne. Correspondance, à la « Berkeley Review », 10 août 1956 Gallimard Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse Pointe-à-Pitre 1887-Giens, Var, 1975 Et nos poèmes encore s'en iront sur la route des hommes, portant semence et fruit dans la lignée des hommes d'un autre âge. Vents Gallimard Hippolyte Adolphe Taine Vouziers 1828-Paris 1893 Académie française, 1878 On peut considérer l'homme comme un animal d'espèce supérieure qui produit des philosophies et des poèmes à peu près comme les vers à soie font leurs cocons et comme les abeilles font leurs ruches. La Fontaine et ses Fables, Préface Simone Weil Paris 1909-Londres 1943 Dans un poème, si l'on demande pourquoi tel mot est à tel endroit, et s'il y a une réponse, ou bien le poème n'est pas de premier ordre, ou bien le lecteur n'a rien compris. Attente de Dieu Fayardpoème (expressions) nom masculin (latin poema, -atis, du grec poiêma, -atos) Familier. C'est (tout) un poème, c'est indescriptible, inénarrable, extravagant. Poème à forme fixe, poème où le nombre des vers, le croisement des rimes, l'ordre général sont fixés par des règles. Poème symphonique, composition pour orchestre motivée par un sujet d'inspiration extramusicale, littéraire ou pictural.

poème
n. m.
d1./d Ouvrage en vers, de forme fixe (quatrain, sonnet, rondeau, ballade, etc.) ou libre. "Poèmes antiques et modernes", d'Alfred de Vigny.
|| Poème en prose: texte dont le style et l'inspiration relèvent de la poésie, mais qui n'est pas versifié.
|| MUS Poème symphonique: composition orchestrale de forme libre, illustrant un sujet poétique.
d2./d Litt. Ce qui présente un caractère poétique (sens I, 2); ce que l'on compare à un poème. L'enfance, ce long poème.
d3./d Loc. Fam. C'est tout un poème, qqn, qqch d'un pittoresque hors du commun.

⇒POÈME, subst. masc.
I. LITTÉRATURE
A. —Ouvrage de poésie généralement en vers.
1. Pièce de vers caractérisée par l'application de règles prosodiques particulières.
SYNT. Composer, faire un poème; envoi d'un poème; sens, interprétation d'un poème; vers, strophes, quatrains d'un poème; poème mis en musique; poème abstrait; poème de guerre, de résistance; poème biblique du Cantique des Cantiques; livre, recueil de poèmes; auteur de poèmes.
[Dans des titres] Poèmes de J. Cocteau, Poèmes de J. Genêt, Poèmes antiques, barbares, tragiques de Leconte de Lisle; Premiers poèmes, Poèmes anciens et romanesques de H. de Régnier; Poèmes saturniens de Verlaine; Poèmes antiques et modernes de Vigny. Un poème est une sorte de machine à produire l'état poétique au moyen des mots (VALÉRY, Variété V, 1944, p.159):
1. Tandis que le fond unique est exigible de la prose, c'est ici la forme unique qui ordonne et survit. C'est le son, c'est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d'induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain. Il faut donc que dans un poème le sens ne puisse l'emporter sur la forme et la détruire sans retour; c'est au contraire le retour, la forme conservée, ou plutôt exactement reproduite comme unique et nécessaire expression de l'état ou de la pensée qu'elle vient d'engendrer au lecteur, qui est le ressort de la puissance poétique. Un beau vers renaît indéfiniment de ses cendres, il redevient —comme l'effet de son effet —cause harmonique de soi-même.
VALÉRY, Variété III, 1936 [1928], p.75.
Poème à (/de) forme fixe. Poème dont le nombre de vers, le croisement des rimes, l'ordre général, sont fixés par des règles de versification. J'avais coutume de dire, en ce temps-là, (c'était un temps où l'on prisait encore le sonnet), que je mettais l'inventeur du sonnet au-dessus de l'auteur du plus beau de ces petits poèmes à forme fixe (VALÉRY, Variété III, 1936, p.87). Un rondeau est un poème de forme fixe (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p.32).
[Diverses espèces de poèmes traditionnellement admises d'après le sujet, le ton, le style] Poème comique, épique, dramatique, lyrique, tragique:
2. On appelle didactique un poème dans lequel il est évident que l'idée existait avant la forme que le poète lui a donnée. Il a fait miracle, pourtant, logeant l'idée dans l'étroite mesure, et la bornant par la rime à point nommé. Mais le vrai poète est celui qui trouve l'idée en forgeant le vers.
ALAIN, Propos, 1921, p.279.
[P. allus. littér. au vers de Boileau] Ai-je besoin de dire maintenant que, bien qu'un sonnet sans défauts vaille un long poème, un conte est sans doute un chef-d'oeuvre à moins de frais qu'un roman (LEMAITRE, Contemp., 1885, p.309).
Vx. Livret en vers d'un opéra ou d'un opéra-comique. Poème d'opéra-comique:
3. ... un grand ouvrage hantait Berlioz depuis longtemps (...). Il relut Virgile (...) il relut Shakespeare pour y trouver un modèle de charpente dramatique, et il écrivit lui-même son poème. La partition le retint longtemps (...). Mais (...) l'Opéra refusait obstinément l'ouvrage, jugé trop long...
DUMESNIL, Hist. théâtre lyr., 1953, p.133.
P. méton. Synon. de poésie (en tant que genre littér.). [Mme de Noailles] me dit, une fois, qu'elle ne comprenait pas que je ne me fusse pas essayée dans le poème (COLETTE, Pays. et portr., 1954, p.222).
2. Pièce de littérature affranchie de certaines de ces règles, mais qui en respecte d'autres qui la maintiennent dans ce genre. Un poème est un raccourci prodigieux pour arriver à mettre en trois pages ou quatre ce qui demande un volume à d'autres (MALLARMÉ, Corresp., Paris, Gallimard, 1983 [1896], p.96). Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptible que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l'unité (R. CHAR, Poèmes et proses choisis, 1963, p.246).
Poème en prose. Composition littéraire assez courte, écrite en prose, et qui constitue un ensemble autonome. Petits poèmes en prose de Baudelaire. Je veux parler du Livre de Jade, recueil de poèmes en prose (...) qu'on peut mettre à côté des poèmes en prose d'Aloysius Bertrand et de Charles Baudelaire (A. FRANCE, Vie littér., 1892, p.134). Le poème est un objet construit et non la devanture d'un bijoutier. Rimbaud, c'est la devanture du bijoutier, ce n'est pas le bijou: le poème en prose est un bijou (JACOB, Cornet dés, Préf., 1916, p.17).
B.P. ext.
1. Ouvrage littéraire retenant en lui ce qui définit essentiellement la poésie non associée à la versification. Ivanhoé est un roman historique. Or on pourrait dire aussi bien: Ivanhoé est un poème sans le merveilleux et les vers. Les Martyrs sont un poème sans les vers. La Jérusalem est un poème (VIGNY, Journal poète, 1829, p.899). Les Misérables sont un vrai poème (RIMBAUD, OEuvres, Lettre à Demeny, Paris, Garnier, 1969 [1871], p.348):
4. Je relis Cymbeline (...). J'ai lu cette pièce pour la première fois en Amérique et tout en faisant glisser les pages sous mes doigts, j'ai retrouvé ma jeunesse, la maison de mon oncle, en Virginie, mais que de choses m'échappaient alors dans ce merveilleux poème (car je me refuse à y voir du théâtre)!
GREEN, Journal, 1957, p.285.
2. Objet artistique littéraire ou autre, auquel on attribue l'idée essentielle de création, d'être.
a) Dans le domaine de la litt. Si comme l'indique l'étymologie, le poème est «la chose faite (par excellence)», le poète, lui, avant d'être celui qui fait, et pour pouvoir le devenir, est celui qui reçoit, disons mieux qui subit (DU BOS, Journal, 1926, p.120).
b) Dans le domaine des arts plastiques. Poème d'images et de couleurs. Il en est des peuples comme des hommes il ne reste d'eux après leur mort que les choses émanées de l'esprit, c'est-à-dire la littérature et l'art, des poëmes écrits et des poëmes de pierre, de marbre ou de couleur (Ch. BLANC, Gramm. arts dessin, 1876, p.12). Enfin, ce qui domine [dans la cathédrale de Chartres] (...) c'est l'idée maîtresse du poême, disposée ainsi qu'un refrain après chacune des strophes de pierre, l'idée que la cathédrale appartient à notre Mère (HUYSMANS, Cathédr., 1898, p.235):
5. Jamais, au cours de ces notes, il ne faudra confondre la peinture littéraire, véritable fléau, avec cette sorte de peinture qui nous concerne parce qu'elle est peinte par les poètes. Picasso est un peintre dont les tableaux sont des poèmes. Chirico est un poète dont les poèmes sont des tableaux. C'est en quoi ils diffèrent, se ressemblent et nous occupent.
COCTEAU, Crit. indir., 1932, p.100.
c) Dans le domaine de la danse. Poème chorégraphique, dansé. Les vrais amis de la danse arrivent à mettre au-dessus de tout le ballet sans action, sans sujet véritable, le pur poème de danse (analogue à la «musique pure») (Arts et litt., 1935, p.44-11).
d) Dans le domaine de la mus. Poème symphonique. Composition instrumentale de forme libre illustrant un sujet poétique (dont la connaissance éclaire l'auditeur). Les poèmes symphoniques de Liszt. Le poême symphonique très en faveur en notre temps actuel, n'est pas de même forme que la symphonie classique (...). Le poème symphonique est descriptif et cherche à peindre au moyen de la couleur des sons, les diverses choses de la nature (ROUGNON 1935, p.193).
II. —[Dans une accept. métaph.]
A. —[Avec une constr. méliorative, pour exprimer ce qu'il y a d'essentiel dans une réalité] Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poème, le poème de son beau corps (GAUTIER, Émaux, 1852, p.7). Tout un poème parisien dans le sourire que les deux femmes échangeaient par-dessus leurs tasses (A. DAUDET, N. Rousmestan, 1881, p.95):
6. Quel plaisir ineffable, pour l'observateur, pour le connaisseur, de rencontrer par les rues de Paris, sur les boulevarts, ces femmes de génie qui, après avoir signé leur nom, leur rang, leur fortune, dans le sentiment de leur toilette, ne paraissent rien aux yeux du vulgaire, et sont tout un poëme pour les artistes, pour les gens du monde occupés à flâner!
BALZAC, OEuvres div., t.2, 1830, p.183.
(Un) poème de. (Un) modèle de. Cette gravure est tout un poème de mélancolie ardente, d'ambition contenue, d'activité cachée (BALZAC, Illus. perdues, 1839, p.225). Et Jeanne mit une gentille caresse sur le front de cette vieille servante qui l'aimait comme une mère, et dont l'existence était un poème de dévouement et d'abnégation (PONSON DU TERR., Rocambole, t.1, 1859, p.299). Le pauvre revendeur du faubourg Saint-Germain, qui fit de sa vie un poème de charité, vaut mieux qu'Homère (A. FRANCE, Vie littér., 1888, p.338).
B.Fam. [Avec une connotation péj.; souvent p.iron., dans des loc.] C'est tout un poème, c'est un vrai poème, quel poème!
1. [À propos d'une pers. extravagante, baroque, incohérente, bizarre ou ridicule, parfois d'une manière hypocoristique]:
7. Contenson, voyez-vous, était tout un poème; un poème parisien. À son aspect, vous eussiez deviné de prime abord que le Figaro de Beaumarchais, les Mascarille de Molière, les Frontin de Marivaux et les Lafleur de Dancourt sont quelque chose de médiocre en comparaison de ce colosse d'esprit et de misère.
BALZAC, Splend. et mis., 1844, p.126.
2. [À propos d'une situation, d'une chose inénarrable, étrange ou encore ridicule; v. l'empl. fig. de roman] Le départ de Tartarin est tout un poëme. Il emporte un monde d'ustensiles et de provisions (ZOLA, Romanc. natur., A. Daudet, 1881, p.223). Ah! la rue des Mouchottes, quel poème! «C'est moche, bien sûr, mais vous serez chez vous!» avaient annoncé les ferrailleurs, goguenards [aux Rauguant] (H. BAZIN, Barbe, 1957, p.46):
8. Oh! ces lettres, c'est tout un poème. Le comte n'était pas ministre des affaires étrangères pour rien. —Mais... encore? —Encore est mon secret. Je ne veux compromettre personne.
MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Rouerie, 1882, p.861.
REM. 1. Poématique, adj., néol. [Doublet de l'adj. poétique, avec une insistance particulière sur l'acte poétique, sur le déroulement du processus poétique] Qui est relatif à la poésie. C'est qu'elle [la poétique] a pour source l'indivisible inspiration créatrice qui se développera en poèmes, s'étalera en images, rayonnera en splendeur verbale; non que la chose légère, (...) non que l'aérien faire-être, (...) soit d'abord et chronologiquement étincelle poétique pour ensuite s'incarner en ouvrage poématique (JANKÉL., Je-ne-sais-quoi, 1957, p.64). 2. Poème-, élém. de compos., [entrant dans la constr. de subst. masc.] a) Poème-fleuve. Comme «Tête d'or», «Peer Gynt» [d'Ibsen] est un poème-fleuve qui n'a jamais été conçu pour la scène, et sa modernité tient au foisonnant désordre de cette démesure (L'Express, 16 mai 1981, p.45, col. 1). b) Poème-incantation. Françoise Lefèvre poursuit [dans L'or des chambres], en dehors de toute classification, mais dans la tradition du poème-incantation, cette voie du dialogue avec elle-même où l'on ne triche pas (Elle, 12 juill. 1976, p.99, col. 1). c) Poème-opéra. [Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy] Notes aériennes et mots-oiseaux: un poème-opéra, unique et merveilleux (Le Nouvel Observateur, 24 mai 1976, p.33, col. 1). d) Poème-reportage. «Berliner Requiem [de J.-M. Palmier] est un voyage sentimental à la recherche des survivants, des fantômes et des vestiges de ce Berlin disparu. (...) cette quête du temps perdu et retrouvé est un poème-reportage sans équivalent (Le Nouvel Observateur, 10 juill. 1978, p.60, col. 3). e) Poème-spectacle. Oratorio pour une vie (de Gabriel Cousin) un «poème-spectacle» (Le Nouvel Observateur, 14 juin 1980, p.25, col. 1). 3. -poème, élém. de compos., [entrant dans la constr. de subst.] a) Chant-poème, subst. masc. Tiré d'un conte d'Alphonse Daudet, ce chant-poème de dix-huit minutes ne constituera qu'un des trois accouchements de Claude Nougaro à l'Olympia (Le Point, 21 févr., 1977, p.95, col. 1). b) Essai-poème, subst. masc. «Là où sont des enfants, règne l'âge d'or.» Ce mot de Novalis aurait pu être dit à propos des deux derniers livres de Le Clézio, un vaste essai-poème, «l'Inconnu sur la terre», et un recueil de nouvelles, «Mondo» (Le Nouvel Observateur, 23 avr. 1978, p.88, col. 2). c) Document-poème, subst. masc. Document-poème, «Ce gamin, là» [film sur les enfants dits «irrécupérables»] évoque plus qu'il n'explique. À force de parler de ces enfants (...), il nous questionne, nous, citadins doués de parole, sur ce langage «dont nous sommes, dit Deligny, les esclaves plus ou moins malins» (L'Express, 9 févr. 1976, p.88, col. 1). d) Histoire-poème, subst. fém. «Grain d'aile» est une histoire-poème qui coule de la même source que les poèmes d'Éluard. Les enfants «comprennent» très bien les vers d'Éluard, les adultes pas trop ratatinés du dedans sont tout à fait capables de «comprendre» son conte (Le Nouvel Observateur, 12 déc. 1977, p.80, col. 2). e) Livre-poème, subst. masc. Autant de bonheurs que d'autres se sont ingéniés à falsifier, à pervertir, à couvrir de honte et à charger de malheur. [Annie Leclerc] les redécouvre dans toute leur fraîcheur et en éclabousse les pages de son livre-poème «Parole de femme» (Le Nouvel Observateur, 4 oct. 1976, p.65, col. 3). f) Tableau-poème, subst. masc. [R.-L. de Girardin] composa sur ses terres un vaste tableau-poème en utilisant en guise de mots ou de couleurs les multiples ressources de la nature (Le Nouvel Observateur, 21 janv. 1980, p.60, col. 1). g) Ville-poème, subst. fém. Turner et Ruskin, Monet et Proust... peintures et dessins venus de New York, Rotterdam, Paris pour retrouver, par-delà les pollutions, la «ville-poème» [Venise], ses palais, ses reflets d'eau tels que les ont rêvés ou décrits les peintres, les écrivains de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle (Le Nouvel Observateur, 3 févr. 1984, p.5, col. 2).
Prononc. et Orth.: []. Vx, lang. cour. [pwam], [pwat] poète, [] poétereau (FÉR. 1768); vieilli [], [] (LITTRÉ). Ces prononc. p.anal. avec des mots en -oi- [], [wa] du type boîte, etc. Prononc. mod. sous l'infl. de la graph. (d'apr. BUBEN 1935, § 71). Ac. 1694-1740: poeme en vedette, poëme dans le texte; 1762-1835: poëme; dep. 1878: poème. Étymol. et Hist. A. 1. a) 1213 poeme «ouvrage de poésie en vers, d'un auteur latin» (Faits des Romains, éd. L. F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p.724, 22); 1370 «ouvrage de poésie» (ORESME, Ethiques, éd. A. D. Menut, p.474: leur poëmes ou dictes); b) 1903 poème à forme fixe (Nouv. Lar. ill.); 2. 1549 poëme «ouvrage en vers d'une assez grande étendue» (DU BELLAY, Deffence et illustration de la lang. fr., éd. H. Chamard, p.131, 42); 3. a) 1716 p.ext. poëme en prose (LA MOTTE, Réflexions sur la crit., p.129: Personne ne nie que les avantures de Télémaque ne soient un Poëme en prose); b) 1761 «toute oeuvre littéraire d'inspiration poétique» (DIDEROT, Éloge de Richardson ds OEuvres esthétiques, éd. P. Vernière, p.44); 4. 1812 «livret versifié d'un opéra» (JOUY, Hermite, t.2, p.18). B. 1. a) 1765 poëme lyrique (Encyclop.); b) 1872 poème symphonique (SAINT-SAËNS d'apr. ROB., s.v. symphonique); 1873 (Lar. 19e, s.v. Liszt); 2. 1830 «toute oeuvre d'art non littéraire ayant des qualités poétiques» (CHÊNEDOLLÉ, Journal, p.132: un palais, une église, une cathédrale est un grand poème...). C. 1. a) [1810 «réalité naturelle empreinte de poésie» (STAËL, Allemagne, t.4, p.269: l'univers ressemble plus à un poëme qu'à une machine)]; 1814 (BERN. DE ST-P., Harm. nat., p.127: la nature offre à l'homme un poëme bien plus étendu que celui de l'Énéide); b) 1831 le poème de... «l'objet poétique constitué par» (BALZAC, Proscrits, p.21: tout un poëme de malheurs); 2. 1830 «chose ou personne extravagante, bizarre» (ID., OEuvres div., t.2, p.183: ces femmes [élégantes] ... sont tout un poëme). Empr. au lat. poema «poème, ouvrage de vers; poésie» et celui-ci au gr. «ce que l'on fait, d'où: oeuvre, ouvrage manuel; création de l'esprit, invention, en partic. ouvrage de poésie, poème», dér. de «fabriquer, faire; créer; composer un poème» (cf. élém. formant -pée ds COTTEZ). Fréq. abs. littér.:4216. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a) 5461, b) 4691; XXes.: a) 5216, b) 7619. Bbg. MESCHONNIC (H.). Le Signe et le poème. Paris, 1975, 555 p.—QUEM. DDL t.15.

poème [pɔɛm] n. m.
ÉTYM. 1213, à propos de poésie latine, écrit poëme jusqu'au XIXe (encore chez Littré); lat. poema, grec poiêma.
1 (V. 1370). Ouvrage de poésie (I.) en vers. Pièce (de vers), poésie. || Faire, composer un poème (→ Cithare, cit. 1; écrire, cit. 41; indéfini, cit. 12). || Les poèmes d'un écrivain (→ Demeurer, cit. 20; développer, cit. 9; envoyer, cit. 24). || Sens, interprétation (cit. 4) d'un poème.Poème épique (cit. 2) ou héroïque (→ Initiatique, cit. 1).(1637). Vx. || Poème dramatique (cit. 1 et 2) : pièce de théâtre en vers. || Poème tragique ou comique ( Comédie, dialogue, stichomythie; tragédie; théâtre; trilogie).Mod. || Poème lyrique. || Poème didactique (→ Mesure, cit. 36), descriptif (→ Fantaisie, cit. 14), satirique (→ Échange, cit. 10), héroï-comique (→ Héroïque, cit.), burlesque (→ Macaronique, cit. 1). || Poème élégiaque, bucolique, champêtre ou pastoral, dithyrambique, érotique, géorgique, généthliaque. || Les poèmes homériques. || Poèmes cycliques ( Cycle), orphiques, pindariques, anacréontiques, saphiques. || Types ou titres traditionnels de poèmes. Acrostiche, à-propos, bergerie (et bucolique, églogue, idylle, pastorale), bouquet, bouts-rimés, cantate, cantique, centon, chanson, chant, complainte, dizain, douzain, élégie, épigramme, épître, épopée, fable, héroïde, huitain, hymne, impromptu, madrigal, ode (antistrophe, strophe, épode), odelette, opéra, romance, rondeau, satire, sonnet, stance… || Poèmes du moyen âge et de la Renaissance. Ballade, blason, cantilène, chanson, chant (royal), fabliau, geste, lai, palinodie, pastourelle, rotruenge, sirvente, tenson, toile (chanson de), triolet, villanelle, virelai… || Poèmes à forme fixe, dont le principal type moderne est le sonnet.Poèmes de l'antiquité. Dithyrambe, épithalame, iambe, nome, palinodie, priapée, satyre, sille, thrène… (ainsi que ceux dont le type s'est conservé chez les modernes). || Poèmes empruntés àt la tradition hébraïque ( Psaume), italienne ( Canzone, macaronée), allemande ( Lied), japonaise ( Haï-ku). || Poème composé de strophes, de stances, distiques, tercets, quatrains, sizains, septains, huitains, dizains… || Envoi d'un poème. || Recueil, livre de poèmes. Anthologie, chansonnier, florilège, rhapsodie, romancero, silves, spicilège. || Auteur de poèmes. Poète.Poème mis en musique.Vx. Livret en vers d'un opéra.(Dans des titres) : || Poèmes antiques, barbares, tragiques (Leconte de Lisle); Poèmes antiques et modernes (Vigny); Poèmes saturniens (Verlaine).
1 Les poètes sont ainsi. Leur plus beau poème est celui qu'ils n'ont pas écrit; ils emportent plus de poèmes dans la bière qu'ils n'en laissent dans leur bibliothèque.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, VI.
2 En vérité, un poème est une sorte de machine à produire l'état poétique au moyen des mots. L'effet de cette machine est incertain, car rien n'est sûr, en matière d'action sur les esprits (…) veuillez observer que la durée de composition d'un poème même très court pouvant absorber des années, l'action du poème sur un lecteur s'accomplira en quelques minutes. En quelques minutes, ce lecteur recevra le choc de trouvailles, de rapprochements, de lueurs d'expression accumulés pendant des mois de recherche, d'attente, de patience et d'impatience.
Valéry, Variété, in Œ., Pl., t. I, p. 1337.
2.1 Les poèmes à forme fixe obéissent à des règles strictes portant soit sur la longueur des vers employés, soit sur l'ordre, l'alternance ou la répétition de rimes, de mots ou même de vers entiers.
Les plus connus sont le triolet, le virelai, le rondel, la villanelle, etc. Ils sont à peu près tous tombés hors d'usage — de l'usage poétique, à l'exception du sonnet, le seul qui soit encore utilisé de nos jours.
R. Queneau, Bâtons, chiffres et lettres, p. 327.
Loc. fam. (plais.). Poème-poème : pièce de poésie pure.
2 (1861). || Poème en prose : poème ne revêtant pas la forme versifiée.REM. On a désigné autrefois sous ce terme des romans ou récits en prose poétique, comme le Télémaque de Fénelon (Voltaire, le Siècle de Louis XIV, XXXII) ou les Martyrs de Chateaubriand. || Poème en prose, aveu d'impuissance (cit. 4, Voltaire). || Poèmes en prose, œuvre de Baudelaire.Poème automatique, écrit par les procédés de l'écriture automatique (→ Automatique, cit. 1.1, Breton).
3 Un poème, poiêma, est donc ce qui est fait et qui par conséquent n'est plus à faire, c'est-à-dire une composition dont l'expression soit si absolue, si parfaite et si définitive qu'on n'y puisse faire aucun changement(…) Ceci tranche une question bien souvent controversée : Peut-il y avoir des poèmes en prose ? Non, il ne peut pas y en avoir, malgré le Télémaque de Fénelon, les admirables Poèmes en prose de Baudelaire et le Gaspard de la Nuit d'A. Bertrand; car il est impossible d'imaginer une prose, si parfaite soit-elle, à laquelle on ne puisse avec un effort surhumain rien ajouter ou rien retrancher.
Th. de Banville, Petit traité de poésie franç., Introduction.
(1860). Mus. || Poème symphonique.
3 (1842). Œuvre d'art, et, en général, création humaine, dans la mesure où elle paraît pénétrée de poésie (I., 4.); → Noter, cit. 1, Diderot, en parlant des romans de Richardson. || Les œuvres de Delacroix sont de grands poèmes (→ Insolence, cit. 9, Baudelaire).Le poème des étalages (cit. 2, Balzac). || Sa vie est un poème (→ Marqueterie, cit. 3).
4 Va, espère, et que ta vie soit un poème aussi beau que ceux qu'a rêvés ton intelligence. Un jour tu le reliras avec les saintes joies de l'orgueil.
G. Sand, Lettres à Musset, VIII, 15 juin 1834.
Réalité naturelle empreinte de poésie (II., 1.). || « … le poème De la mer… » → Baigner, cit. 26, Rimbaud.
Loc. fam. C'est tout un poème, se dit d'une personne ou d'une réalité humaine qui paraît sortir de l'ordinaire, qui semble extraordinaire ou bizarre, un peu ridicule.
5 Derville prit son lorgnon, regarda le pauvre, laissa échapper un mouvement de surprise et dit : — Ce vieux-là, mon cher, est tout un poème, ou comme disent les romantiques, un drame.
Balzac, le Colonel Chabert, Pl., t. II, p. 1145.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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